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e-latin : le projet de latin en ligne de Cambridge Version imprimable Suggérer par mail

Par Wilf O’Neill, Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir

Le développement des TIC a considérablement enrichi les ressources à la disposition des professeurs de lettres classiques, notamment dans le cas du latin. Ces ressources sont sans doute utilisées avec le plus de profit dans le cadre de l’enseignement à distance, et pour dispenser des cours de latin à des élèves fréquentant des écoles sans professeur spécialisé.

L’historique

Jusqu’à ce que les universités de Cambridge et Oxford renoncent à exiger que tous leurs étudiants justifient d’un diplôme en latin, l’intérêt pour cette discipline en garantissait le maintien dans les établissements scolaires du Royaume-Uni. L’abandon d’une telle exigence aurait pu avoir pour conséquence la disparition du latin dans les programmes scolaires. Or, bien que l’on ait constaté un déclin certain du nombre de latinistes, le fait que la discipline soit toujours enseignée dans le secondaire, et que les évolutions évoquées ici aient bel et bien lieu, témoigne de la pertinence de la réaction face à une menace de disparition. L’opportunité de concevoir de nouvelles formes d’enseignement et d’apprentissage susceptibles de donner l’accès au latin à un plus grand nombre d’étudiants, a été saisie avec beaucoup d’enthousiasme. C’est ainsi qu’est né le reading course, dont le Cambridge Latin Course (Cours de Latin de Cambridge) est l’exemple par excellence.

Le cours, publié pour la première fois en 1970, était déjà bien établi lorsqu’en 1999, Bob Lister, alors directeur du Cambridge School Classics Project (Projet de Cambridge pour les Lettres classiques à l’Ecole, responsable de la création du Cambridge Latin Course) conçut la notion d’eEnseignement pour le latin. Les débuts furent modestes : les professeurs stagiaires à Cambridge notaient le travail envoyé par les premiers étudiants en ligne. Aujourd’hui, le  Cambridge Online Latin Project s’adresse aussi bien aux élèves des écoles du Royaume-Uni qu’à des étudiants indépendants, dans le monde entier. En accompagnement des manuels scolaires, les utilisateurs du Cambridge Online Latin Project ont à leur disposition des manuels d’apprentissage indépendants, qui vont au-delà du contenu des manuels scolaires, et qui fournissent aide et conseils à ceux qui travaillent par eux-mêmes.

Une percée majeure eut lieu en l’an 2000, lorsque le gouvernement britannique décida de mettre au point un projet pilote visant à développer l’eEnseignement pour trois des disciplines du cursus scolaire : le Calcul, le Japonais, le Latin. Les deux dernières ont été choisies en tant que disciplines secondaires bien placées pour tirer le meilleur profit d’une telle démarche. En l’occurrence, le contrat de 5 Millions de Livres Anglaises pour développer les outils liés au Latin, a été accordé à un consortium composé du Cambridge School Classics Project, des Presses Universitaires de Cambridge (en tant qu’éditeur) et de l’entreprise de communication Granada.

Le matériel pilote a été créé et testés dans les écoles et, au moment où je rédige ce texte, un DVD contenant toute la documentation relative au Livre I du cours, est sur le point de paraître. Le travail a été prolongé, et un DVD consacré au contenu du Livre II du cours devrait également paraître assez rapidement. En parallèle, le Cambridge School Classics Project travaille en permanence à améliorer son site Web, site qui offre un accès direct à une sélection de ressource très variée et qui inclut, entre autres, des versions interactives d’histoires, des testeurs de vocabulaire et un dictionnaire audio.

Le matériel

Le matériel électronique suit de très près le contenu des livres, mais il représente bien plus qu’une simple version électronique du cours. Diverses ressources électroniques viennent en effet enrichir chaque élément du cours, beaucoup d’entre elles étant interactives. Les élèves peuvent ainsi écouter la lecture d’une histoire, la voir interprétée, avant de l’explorer plus en détail par le biais de l’hypertexte qui donne la signification de chaque mot et les points de grammaire qui s’y rattachent. De nombreux exercices sont proposés et les particularités linguistiques sont expliquées. L’aspect civilisation du cours est, lui aussi, enrichi de nombreuses activités, images et petits films vidéo.

Le fonctionnement

Les outils (qu’il s’agisse d’outils électroniques ou d’outils Internet) sont extrêmement flexibles et peuvent être utilisés de différentes façons et en maintes circonstances.

Dans les établissements scolaires, avec un professeur de latin :

  • Dans la classe traditionnelle, par le biais d’un vidéo projecteur ou d’un tableau électronique;
  • Par les élèves, pour rédiger des devoirs à la maison (les outils sont très utiles quand le latin n’a qu’une place réduite dans l’emploi du temps ou qu’il est enseigné hors programme);
  • Pour introduire le sujet auprès d’étudiants potentiels (j’ai utilisé cette approche pendant plusieurs années avec des élèves de terminale qui travaillaient seuls et envoyaient leurs copies pour correction par email : ils acquéraient ainsi une expérience brève mais suffisante pour leur permettre de décider, en connaissance de cause, de continuer, ou non, le latin à l’université)

Dans les établissements scolaires, sans professeur de latin :

  • Les écoles désireuses de proposer le latin à leurs élèves, mais sans pouvoir leur fournir un professeur spécialisé, peuvent devenir partenaires du Cambridge Online Latin Project. Pendant les cours de latin, les élèves sont alors supervisés par un animateur qui peut, ou non, connaître le latin, et dont le rôle est d’aider les élèves, en leur apportant encouragements et support technique ; le travail est envoyé électroniquement à un e-tutor ou un e-marker (cf. définitions à la fin de l’article) qui le vérifiera avant de le retourner à l’élève.

En dehors de l’établissement scolaire :

  • Des individus de tous âges et de tous horizons souhaitent apprendre le latin ou rafraîchir leurs connaissances en la matière : le Cambridge Online Latin Project leur fournit un support par le biais d’un e-professeur, en complément des outils imprimés et électroniques.

Il est clair, d’après les retours que nous avons, que tant les enseignants/animateurs que les élèves apprécient la démarche et les outils. Certaines écoles considèrent cette approche comme un excellent moyen d’enrichir leur programme, suivant en cela d’autres initiatives du gouvernement, destinées aux élèves les plus doués.

Remarques personnelles…

J’ai été impliqué dans le Cambridge Online Latin Project pendant environ quatre ans, en tant  qu’e-tutor pour étudiants indépendants. J’ai suivi près de 50 étudiants à ce jour, pour l’essentiel de vrais étudiants indépendants; à deux reprises pourtant, il s’est agi de groupes d’élèves travaillant à la manière d’étudiants indépendants. Les étudiants étaient âgés de 13 à 86 ans et vivaient dans des pays aussi éloignés que les Etats-Unis, Israël, le Luxembourg et l’Australie, sans compter, bien sûr, le Royaume-Uni. Les raisons pour lesquelles ils étudiaient le latin étaient très différentes : certains étaient de parfaits débutants, d’autres reprenaient leurs études ; certains le faisaient pour leur plaisir, d’autres pour des raisons liées à leur carrière. Tous n’ont pas réussi et certains ont abandonné : les circonstances personnelles peuvent changer, empêchant l’étudiant de poursuivre l’étude jusqu’au terme du programme. Une étudiante était tellement intéressée qu’elle a décidé d’intégrer un cours à l’université: tous les abandons ne sont pas des échecs ! De ce point de vue, l’expérience du Cambridge Online Latin Project ne diffère guère de celle d’autres fournisseurs d’enseignement à distance.

Bien que cette manière d’apprendre diffère nécessairement des méthodes traditionnelles et ne soit pas dénuée d’inconvénients, elle est intéressante à maints égards. Du point de vue de l’enseignant, s’il perd le bénéfice de l’interaction directe entre lui-même et ses élèves ou entre les élèves entre eux, il gagne l’avantage de s’occuper d’un élève à la fois et sans les perturbations inhérentes à un cours traditionnel au sein d’une salle de classe. L’email permet, à l’occasion, d’obtenir un retour quasi immédiat, et il est toujours possible d’utiliser le téléphone en cas de besoin. Le système de vidéo conférence est déjà utilisé pour combler la distance séparant l’enseignant des groupes d’élèves demeurés dans leurs établissements respectifs, et l’on commence à mettre à profit des outils comme la webcam et le chat en ligne, pour faciliter la communication avec les étudiants indépendants. Du point de vue des étudiants, les pertes et profits sont les mêmes. Il n’est plus possible de discuter avec, ou de profiter des lumières de ses camarades, mais l’élève/étudiant bénéficie, pour lui seul, de la pleine attention d’un professeur particulier, quelle que soit la distance qui les sépare. (Je souris toujours en repensant à l’email que m’avait envoyé un nouvel élève d’âge scolaire, et dans lequel il me demandait si j’étais une personne réelle ou seulement une machine !). Indépendamment du latin, un tel enseignement constitue un excellent entraînement pour apprendre à bien s’organiser et gagner en autonomie.

J’ai également été impliqué dans la création d’outils liés à l’eEnseignement, en tant que conseiller pour Grenade. Ce fut une expérience très intéressante, impliquant non seulement un contrôle de qualité sur le latin parlé (en dirigeant et surveillant les acteurs), mais aussi la création de nombreux commentaires en voix-off. En sus des créations destinées aux Livres I et II, j’ai enregistré les textes et listes de mots pour la partie du cours accessible sur le site Web du Cambridge School Classics Project. Tout cela était passionnant et extrêmement valorisant !

Pour conclure…

L’eEnseignement ne constitue en aucun cas un substitut à la présence d’un professeur en chair et en os, et suivre des cours en classe, avec un bon enseignant, reste, sans conteste, la meilleure façon d’étudier le latin. Néanmoins, beaucoup d’apprentis latinistes n’ayant tout simplement pas le choix, nous devons travailler autant que possible à animer et valoriser la pratique de l’eEnseignement. L’une des techniques mises en œuvre pour parer à l’éloignement entre les intervenants consiste en l’utilisation de la vidéo conférence, qui offre l’avantage de l’interaction, en temps réel, entre le professeur et ses étudiants (cf. l’article ci-dessus).

Enfin, dans une perspective personnelle d’avoir un jour à m’inscrire en tant que personne aveugle, je pense que ce type de matériel pourrait rendre le latin (et d’autres disciplines) plus accessible à des personnes malvoyantes ou aveugles, par le biais de lecteurs d’écrans et autres logiciels (se reporter à mon article plus loin dans ce chapitre).

Où donc va le latin ? Les nouvelles ressources technologiques pourront-elles contribuer à sa promotion, voire, à sa survie? Seul l’avenir le dira, mais l’e-latin est d’ores et déjà utile, en ce qu’il met cette langue à la disposition d’un grand nombre de personnes qui, autrement, n’auraient pas l’opportunité de l’étudier.

Site Web

Vous pouvez avoir accès au site Web du Cambridge School Classics Project en tapant l’adresse suivante : http://www.cambridgescp.com. Vous y trouverez aussi le rapport provisoire sur le  Cambridge Online Latin Project et d’autres documents sur latin et monde romain.

Définitions
E-marker : personne qui note le travail de l’étudiant avant de le retourner sans commentaires ni conseils. Il peut s’agir d’un professeur ou d’un étudiant à l’université.
E-tutor :  un professeur de latin dont le rôle est de noter, puis retourner, un travail envoyé électroniquement, tout en fournissant aide et conseils aux étudiants, qu’il s’agisse de groupes d’élèves ou d’étudiants indépendants.
Independent Learner : étudiant s’étant inscrit comme personne privée travaillant à domicile, et non comme membre d’un groupe scolaire.
Partnership School  : un établissement scolaire ayant inscrit un groupe d’élèves au Cambridge Online Latin Project afin d’obtenir un support pour un ou plusieurs niveaux d’enseignement (pour plus de détails, consulter le site du Cambridge School Classics Project ).